Ecoles et prisons, même combat ?

L’école est un lieu magique où l’on passe une partie conséquente de sa vie, on y rencontre du monde, on désapprend des choses sur la vie pour apprendre des nouvelles et à la sortie nous sommes changés pour le meilleur ou pour le pire.

A bien des égards, cette même définition peut s’appliquer à la prison. Ce constat vertigineux que j’ai fait alors que je n’étais sous l’influence d’aucune substance illicite m’oblige à pousser cette réflexion et en tirer certaines conclusions.

Mais avant tout, on va commencer par cette citation de Coluche :

Crédits image : qqcitations.com
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Les prisons sont avant tout conçues pour enfermer et retenir. Leur architecture est sobre, et c’est un euphémisme. C’est d’abord un lieu de… pénitence. L’école est censée être belle, colorée et joyeuse. Mais au fond, l’école reste obligatoire, l’absence y est généralement réprimée et pour beaucoup d’élèves, les surveillants des écoles ont exactement le même rôle que les matons des prisons.

A l’école, on apprend les langues, les sciences, l’Histoire… Autant d’informations qui complètent notre compréhension du monde. On y rencontre de nouvelles têtes et on s’y frotte à des rivaux, adversaires et parfois des ennemis. Le plus souvent, l’école est le rendez-vous quotidien des meilleurs amis aux mondes, à des âges où les amitiés sont plus sincères et désintéressées.

En prison, on apprend des langues aussi. Que ce soit le jargon de la prison en général ou l’argot développé localement, on est obligé de passer par cette adaptation pour mieux communiquer avec les camarades. Comme dans les cours de récréation, les cours de prison donnent lieu à du défoulement, du jeu, du sport… Et de la violence. Bien sûr, la violence à l’échelle de la prison est d’un autre niveau qu’une petite  bagarre entre écoliers, mais pour un enfant, la bagarre d’écolier est à peu près la plus grosse menace physique qui plane sur sa tête.

Je ne pense pas que les prisons sont des moyens intelligents de contrer la criminalité. Concentrer les criminels de toute une région en un seul lieu et les y laisser évoluer pendant des années est une recette magnifique pour que prospèrent droguent, violences, sévices sexuels, et autre. A la sortie, on se retrouve avec un individu qui a fait une erreur, qui est entré en prison et où il a pu compléter sa formation de criminelle. Pour beaucoup, la prison est une confirmation dans le statut de crapule.

Il y a aussi ceux qui considèrent que la prison n’est pas pire que leur quotidien. Ces individus sont dangereux. Je ne veux pas verser dans les banalités, mais si la prison est le recours ultime contre la criminalité et que la plupart des criminels ne les craignent pas, il y a du soucis à se faire. Les génies qui proposeront de renforcer encore plus la répression dans les prisons ne feront qu’alimenter un cercle vicieux de la haine et de la violence contre la société. On ne peut pas non plus décréter la peine de mort contre le moindre délinquant, et même dans les crimes graves, je resterai à jamais contre la peine de mort puisque j’estime qu’une société doit donner l’exemple à l’individu et que la justice doit réagir avec retenu et dignité, et non pas à chaud et pour satisfaire les désires sadiques de la populace.

Enfin, il y a le cas où la prison se transforme en forum de recrutement pour tous les radicaux. En prison, quand on a plus rien à perdre, quand on estime qu’on a subi une injustice (n’oublions pas qu’il n’y a que des innocents en prison), ou quand on éprouve des remords par rapport à ce qu’on est devenu, se radicaliser devient chose facile. Il y a trente ans, cette radicalisation consistait en l’endossement des idées gauchistes et utopistes d’un monde plus juste et plus égalitaire. Mais la nouvelle mode aujourd’hui, c’est l’islamisation.

Pour un détenu, perdre l’espoir en cette basse vie miséreuse est chose facile, il lui suffit d’une pichenette pour basculer. Lui faire miroiter qu’une meilleure vie l’attend, avec des dizaines de vierges, du lait et du miel qui coulent à foison… La prison n’enseigne pas l’espoir, elle n’est pas faite pour redonner goût à la vie, elle n’incite personne à revenir dans le « droit chemin ». La radicalisation religieuse se nourrit de cela pour faire abandonner à la personne tout espoir en CETTE vie, et après lui avoir fait avaler cette pilule, c’est facile par la suite de lui montrer le chemin, qui passera par commettre un attentat, évidemment.

Mais les prisons ont plus ou moins toujours été des lieux de désespoir. Ce qui m’inquiète, c’est que la plupart des écoles ne font guère mieux de nos jours.

Je connais des écoles privées ou publiques qui ressemblent à s’y méprendre à des prisons en terme d’architecture, d’organisation et même de barricade ! La plupart des écoliers vont à l’école à reculons. A partir d’un certain âge, la société met dans la tête des enfants que le chômage les attend, puis la misère de certains professeurs commence à dégouliner sur les rêves de leurs étudiants…

Crédits :  Europe1.fr
Crédits : Europe1.fr

Si ni l’école, ni la prison ne (re)donnent de l’espoir, alors que reste-t-il pour une société qui veut avancer ? Certains pensent que l’on peut avancer malgré les marginaux, ou sans inclure tous les enfants de la patrie. C’est doublement faux. Négliger la population carcéral revient à se tirer dans le pied et estimer que tout va bien tant que l’élite et les enfants de l’élite vont des écoles privées, de missions de pays étrangers, pour espérer avoir une éducation convenable alors que tous les autres doivent se taper le système local défaillant… C’est cruel.

Les écoles et les prisons ont une chose de commun, au-delà de tout ce que je viens de dire : ils reflètent nos choix de société. Ce sont deux services publics qui reflètent la mentalité des pouvoirs publics, de leur vision de l’avenir et leur gestion du présent. Nous sommes mal-barrés durablement, mais ça, ça n’a rien de nouveau.