La mort du printemps arabe

Le printemps arabe est mort bien avant que j’aie le temps d’écrire cet article. Je vais quand même revenir sur les circonstances de cette triste tragédie.

un arabe fumant la pipe

Genèse du Printemps Arabe de 2011

Fin 2010, la Tunisie s’est révoltée contre un régime abjecte dont le despote a poussé le vice jusqu’à évincer un peuple entier pour placer aux postes politiques, stratégiques et économiques les éléments les plus proches de son entourage. L’immolation de tel ou tel individu a littéralement embrasé le pays et créé une vague, dans un premier temps de solidarité et dans un second temps de révolte dans tout ce pays, puis dans la plupart des pays arabes.

Au jour le jour, on a vu des régimes s’ébranler fondamentalement. Des gens qui étaient présents au pouvoir depuis toujours et que l’on pensait indélogeables de leurs trônes ont dû plier bagages dans des circonstances souvent humiliantes voire sanglantes.

Ici s’arrête l’histoire héroïque. Le reste est beaucoup moins glorieux.

La principale qualité que l’on a vanté au mouvement du printemps arabe c’est sa spontanéité. En effet, l’alliance entre les deux principaux courants de pensée qui se sont rapprochés pour former la vague est constituée d’antiques ennemis : les gauchistes libertaires et les radicaux islamistes.

Tant que ces deux factions avaient un ennemi commun : le pouvoir en place, leur entente est allée au delà de leur différence. Et pourtant leur différence est une contradiction notoire, leur finalité diverge à la racine et il n’y a aucun monde, aucune réalité alternative où ces deux projets peuvent trouver un terrain d’entente.

Un échec annoncé

Le printemps arabe était un feu de paille destiné à échouer quelle qu’en soit l’issue. C’est vrai qu’il a provoqué la chute de 4 dictateurs, mais là aussi on n’est pas allé au bout des choses dans 2 cas sur 2.

Housni Moubarak, en Egypte est l’exemple flagrant de l’inefficacité du mouvement. On a pensé que écarter une simple personne signifiait la mise à plat de tout le système que ces personnes représentent.  Hors c’est évidemment faux, même si le geste porte un symbole évident et ébranle système… sans l’abattre.

Ce qui s’est passé en Egypte pour se focaliser sur ce cas, c’est l’arnaque de ce début de siècle. Et pourtant il y a de la concurrence. Est-ce que l’Egypte a changé ? Les militaires étaient de facto au pouvoir, maintenant ils le sont de jure aussi, et pour très longtemps.

En Libye, le printemps arabe n’a PAS échoué. Simplement, Kadhafi c’était l’Etat et sa destitution a démantelé l’Etat avec toutes les conséquences qui peuvent avoir lieu suite à cela. Maintenant la reconstruction du pays et la mise en place d’un Etat de droit dans un pays gouverné par les tribus et 7 millions de libyens habitués à être « guidés par leur guide » est une opération délicate. Il existe même un risque d’implosion du pays, mais cela ne réglera en rien la situation puisqu’il y aura à ce moment-là des conflits ravageurs afin d’obtenir les territoires pétrolifères.

Les monarchies et le Printemps

Dans le cas du Maroc, le Makhzen s’en est tiré par une Réforme Constitutionnelle. Au final, rien ne ressemble plus au Maroc d’avant la constitution que le Maroc d’après. On peut chipoter sur sur certains détailler, mais qui pense encore que c’est un gouvernement qui dirige le Maroc ?

Le cas du Maroc est à part parce que c’est le pays qui prouve au monde que la légitimité du pouvoir en place est plus importante que la démocratie en elle-même et c’est un choix de société. Cela méritera d’ailleurs qu’on se penche sur le sujet en aparté.

Les monarchies pétrodollars du golfe s’en sont sorties à coup de milliards injectés dans les canaux sociaux. Ok, mais jusqu’à quand ? Rendez-vous dans 50 ans pour la réponse.

Egypte, dernier de la classe ?

En Egypte, la révolution a échoué parce que les égyptiens ont été superficiels et aveugles. Ils vouent un culte à leur armée parce qu’ils ont toujours vécu dans des légendes qui les ont bercé quant à leur suprématie dans le monde arabe et face à Israël. Le respect qu’ils avaient pour leur armée, qu’il fût justifié ou non, leur est revenu en boomrang dans le visage. Comme quoi, l’heure n’est plus au militarisme tapageur et nationaliste, mais bien au pouvoir civil démocratique. Mais les égyptiens préfèrent chanter des chansons patriotiques que de poser des débats de fond et le réveil sera douloureux avec une gueule de bois en prime. Rajoutons-juste que :

Ceux qui sacrifient un peu de leurs libertés pour avoir un peu de sécurité ne méritent ni l’une ni l’autre.

La Tunisie, élève modèle ?

La Tunisie est un pays modèle où la révolution a réussi grâce à des facteurs essentiels :

  • Un pouvoir militaire impartial qui a su (jusque là) rester dans ses casernes
  • Une société civile active et réactive
  • Un pouvoir politique remanié et nettoyé
  • Un peuple formidablement éduqué et alerte

Je pense que le dernier facteur est le plus déterminant. La réussite tunisienne se doit surtout à ce peuple instruit et politisé, comme l’a toujours été le peuple tunisien, paradoxalement grâce à son ex-dictateur Bourguiba. La Tunisie a beaucoup à nous apprendre et pas seulement en termes de droits des femmes.

Il est vrai que la Tunisie n’a résolu aucun de ses problèmes économiques par sa révolution. Pire encore, la situation est de plus en plus alarmante. Mais à cela je répond que la démocratie n’est pas un gage de prospérité en soit, mais c’est la première pierre à l’édifice. Avant, la Tunisie était attractive et productive, mais les Tunisiens n’en profitaient qu’à moitié. Aujourd’hui, elle l’est moins, mais quoi qu’il en soit seuls les tunisiens en profiteront. Le développement d’un pays ne se décrète pas, il se travaille et nos voisins tunisiens sont sur la bonne voie malgré les tentatives de part et d’autres pour les faire chuter dans les abîmes.

Pistes de réflexion

Il y a plusieurs raisons pour l’échec du printemps arabe :

  • Les contre-révolutions conservatrices,
  • Les dictateurs inébranlables,
  • Le clientélisme et l’aliénation des masses,
  • Les incertitudes économiques,
  • Et n’oublions pas l’islamisme.

En France, le débat sur l’islam a été posé il y a 10 ans déjà. Le printemps arabe a apporté un début de réponse. Les islamistes sont prêts à se fondre dans la démocratie, mais voudront-ils la maintenir une fois au pouvoir ?

Je ne voulais pas trop m’éparpiller alors je reviendrai sur ce point dans un billet à part.

Je n’ai pas non plus parlé de la Syrie, parce que la blessure de ce pays mérite un traitement de faveur.

Le printemps arabe est mort, néanmoins il s’est passé quelque de passionnant en ce début de décennie. Autant garder à l’esprit qu’on a souvent vu rejaillir le feu de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux ! (Merci Brel)

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