L’éducation des enfants : travail à plein temps

L’éducation au Maroc est le fléau majeur à mon sens. Nous souffrons d’un manque de savoir-vivre qui se transmet de génération en génération sans que personne ne sourcille et sans que personne ne se doute que c’est structurellement à l’origine de tous nos maux.

L’éducation commence à la maison. Les parents et différents tuteurs sont ceux qui doivent dans un premier temps inculquer les valeurs éducatives censées donner aux enfants un cadre sain d’évolution. J’identifie 4 possibilités dans ce cas : l’éducation religieuse, l’absence d’éducation, la mauvaise éducation et l’éducation consciente. Je vous explique.

L’éducation religieuse est celle qui s’appuie sur les préceptes sacrés pour définir à l’enfant le cadre de ce qui est licite et illicite dans sa vie.

L’absence d’éducation est malheureusement celle qui prévaut dans les quartiers les plus défavorisés où les enfants sont livrés à eux-mêmes et où les parents se contentent au mieux de réagir en aval des futurs actes de leurs enfants sans penser une seconde que l’éducation ça se travaille beaucoup plus en amont. Sans généraliser, ce cas de figure peut effectivement être présent indépendamment de la classe sociale, mais je préfère schématiser, sinon on ne s’en sort pas !

Par la mauvaise éducation, j’entends celle qui volontairement enseigne des préceptes nocifs à l’enfant. Cette volonté se manifeste par le « gâtage » des enfants, ou tout simplement en les orientant clairement vers des valeurs douteuses.

L’éducation consciente est évidemment la plus idéale puisqu’elle s’appuie sur ne serait-ce qu’un peu de pédopsychiatrie, des notions innées ou acquises par les parents qui peuvent ainsi créer un individu équilibré, en paix avec lui-même et avec son environnement.

Revenons plus en détail sur tout cela.

Le problème de l’éducation religieuse, c’est qu’elle fonde toutes les valeurs de l’enfant sur un seul pilier : la foi. Et il faut être intensément hypocrite pour prétendre que la foi est inébranlable et qu’elle est constamment mise à l’épreuve. En clair, la foi c’est comme les muscles, si on ne les travaille pas avec rigueur, ils disparaissent. Si on enseigne à l’enfant qu’il ne faut pas « voler » parce que c’est illicite en religion, si c’est la seule chose qui le retient de voler le jour où sa foi diminuera, plus rien ne l’empêchera de voler. Ensuite, le problème avec les préceptes religieux c’est qu’ils ne sont jamais absolus. Il est interdit de voler ? Ok, mais peut-on voler un mécréant qui vient de se lancer dans une croisade contre l’Islam ? Moi, je dis, ça se discute ! On n’a pas tous le même rapport à la religion, on ne comprend pas tous la religion de la même façon et on interprète les préceptes religieux selon qu’on choisisse de suivre tel ou tel « prédicateur musulman » et pas un autre. Ici, je prends l’exemple du vol, néanmoins cela s’applique à tout.

Par antagonisme, l’éducation consciente considère l’enfant comme un être humain avant tout et lui enseigne que s’il ne faut pas voler, c’est parce que c’est immoral et que ce n’est pas comme cela que l’être humain intelligent et intègre devrait agir. C’est simple, c’est net, c’est sans concession et ça ne laisse aucune excuse.

Je ne suis pas forcément en train de privilégier une école sur une autre, mais je pense que l’éducation religieuse lorsque les parents veulent la transmettre, devrait simplement constituer une surcouche extérieure à l’éducation de l’enfant et que le noyau de cette éducation devrait s’appuyer sur des valeurs universalistes et plus catégoriques.
Voilà donc comment je défini une bonne éducation, mais la recette n’est pas suffisante puisque malheureusement la majorité des parents que j’ai rencontré ou observé durant ma vie n’étaient pas conscients de leur rôle et à la limite leur relation avec leurs enfants avait des traits en commun avec celle qu’entretient le berger avec ses moutons : nourrir, loger, guider et abattre.

Cette approche que j’appelle la non-éducation est celle dont découle tout notre rapport avec nos enfants : on ne les considère pas comme des êtres humains capables d’apprendre et de s’améliorer, mais comme des animaux domestiques qui doivent suivre un certain comportement quand ils sont en intérieur et qui sont livrés à la nature par la suite. Dans cette approche, on ne verra pas un père ou une mère discuter avec l’enfant, aussi jeune soit-il, pour lui enseigner directement la vie, mais ils seront plus là pour réprimander quand c’est trop tard, considérant que l’enfant aurait du savoir et qu’ils ne sont en rien responsables de la façon avec laquelle il a évolué. Il est juste censé être correcte et personne n’a l’intelligence de se dire qu’il a un rôle à jouer pour l’y aider.

Enfin, la mauvaise éducation découle du fait qu’on pense que l’enfant n’est qu’un centre de coût et qu’il suffit de lui jeter de l’argent à la figure pour en faire un être comblé et équilibré. Il y a l’histoire du parent qui trime comme un âne toute la semaine pour réaliser cela, oubliant qu’au-delà de ce rôle, certes essentiel, il faut aussi offrir à l’enfant de la présence et de la disponibilité. Il y a l’histoire du parent qui a autre chose à faire que de jouer avec ses mioches, et donc il considère que son rôle est rempli lorsqu’ils sont partis au lit le ventre plein. Et enfin il y a le parent qui considère que l’éducation de ses enfants se sous-traite (notamment aux femmes de ménage et autres étrangers au cercle familial).

On ne peut pas non plus parler d’éducation sans parler d’apprentissage. Le premier moyen d’apprendre est d’observer et d’assimiler les faits et gestes de son entourage. Lorsqu’on grandit dans une famille d’érudits et de sages, il se produit rarement que le rejeton soit autre chose plus tard. Au moins, on ne peut pas nier que cela va lui offrir toutes les conditions préalables à une éducation convenable. De même, lorsqu’on grandit dans un milieu de violence et d’ignorance, on est dans un premier temps complètement envahit par cela et il faut déployer des trésors d’effort pour en sortir après. Je ne dis pas que c’est impossible, mais il faut que le déclic qui se produit soit suffisamment fort pour chambouler tout ce qui a été préétabli chez nous et c’est très dur de prendre conscience.

La plupart des parents ignorants qui en veulent à leurs enfants d’être ce qu’ils sont oublient qu’ils en sont la cause primaire, même si après d’autres facteurs rentrent en jeu. Ce que je veux démontrer c’est que l’éducation est un travail à temps plein et que dans un monde idéal je n’aurai pas donné le droit d’avoir des enfants à tout le monde. Alors, heureusement qu’on ne me demande pas mon avis !

Si on arrivait à travailler sur l’éducation de nos enfants, si ne serait-ce que 40% des familles planchaient dessus, le paysage social marocain changerait considérablement et on ne serait plus des névrosés qui klaxonnent aux feux rouges avant qu’ils ne passent au vert (oui, je trouve qu’il y a un lien entre tout ce que je viens d’évoquer et cela). Changer les choses par la base est ce qu’il y a de plus difficile, mais c’est ce qui est le plus sain à faire. Mais des parents qui ne sont pas eux-mêmes éduqués correctement peuvent difficilement devenir des Super Nanny sur le tard. C’est un cercle vicieux dont la rupture dépend d’une prise de conscience généralisée que seule une grande opération nationale pourrait éventuellement déclencher.

Je n’ai pas les solutions, je n’ai que des questionnements et le premier pas vers la guérison c’est admettre la maladie. Notre maladie est profonde.

Je conclurai simplement en rappelant que nos parents sont responsables de ce qu’ils ont fait de nous, mais qu’une fois cela constaté, nous sommes responsables de le changer.

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