Les premières fois dans l’éducation de vos enfants

J’ai une mini-série satirique « Comment devenir un mauvais parent ?« , j’ai même récemment publié une version « Comment être un mauvais papa ? » sur Kenzi+, un nouveau magazine féminin dans lequel je contribue de temps à autres.

Je sais qu’idéalement, il n’y a presque pas de parents qui souhaitent être mauvais, mais de ce que j’ai observé dans mon entourage, beaucoup y arrivent très bien. En me protégeant avec humour, je pointe cela du doigt à travers ce genre d’articles.

User de l’humour pour éviter de souffrir d’un phénomène est très souvent un refuge pour beaucoup de personnes. Qu’ils en soient conscients ou pas. Il est plus difficile de traiter le coeur du problème et proposer des solutions concrètes que de se moquer de la situation existante.

Quand j’essaye de proposer quelque chose à la place, je souffre moi-même d’un grand déficit de crédibilité étant donné que je ne suis pas parent. Par conséquent, il me sera toujours plus facile de prêcher le bon et le mauvais, mais au fond, que sais-je de l’éducation des enfants et qui suis-je pour donner des leçons ?

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D’emblée, je souhaite remettre les choses au clair. Non, je ne suis pas parent et non je n’ai absolument aucune idée pratique sur à quel point l’éducation des enfants peut être une tâche délicate sur la durée. Je salue tous les parents qui font de leur mieux et je ne sais pas si moi-même je m’en sortirai mieux un jour. Ceci dit, rien de cela ne m’empêche d’observer mon entourage ou d’écouter les experts sur ce sujet. Alors sans prétention, rien non plus ne m’empêchera d’exposer certaines idées.

Aujourd’hui, je veux vous parler des moments les plus importants et les plus fondamentaux de la vie : les premières fois, non pas en humour, mais en dispensant quelques conseils.

En mon for intérieur, je suis convaincu que les premières fois de votre enfant sont de loin les moments les plus émouvants. Quand on pense aux premières fois, on pense aux premiers sons émis, puis les premiers mots et éventuellement les valeureux premiers baba/mama… On pense aussi aux premières dents qui apparaissent, aux premiers pas…

Durant toutes ces étapes, en tant que Parents 2.0, vous seriez avisés d’avoir à proximité une caméra pour les immortaliser. Oh, pas spécialement pour le partage, mais surtout pour garder une trace de tout cela, pour plus tard.

Mais les premières fois les plus importantes et les plus fondamentales sont ailleurs et on y prête beaucoup moins d’attention, les premières fois qui m’intéressent ce sont les premières questions et les premiers comportements qui indiquent que votre enfant commence à prendre conscience de lui-même et de ce qui l’entoure.

Je suis persuadé que les réponses que vous aurez à fournir seront décisives. Les questions sont inévitables, mais beaucoup de parents les esquivent comme la peste soit par ignorance, soit parce qu’ils en minimisent les enjeux ou soit parce qu’ils n’ont pas la confiance nécessaire pour aborder les sujets sensibles.

Pourtant, ce qui sépare l’Homme des autres animaux, ce n’est pas seulement la parole. A vrai dire, la plupart des animaux communiquent entre eux d’une façon ou d’une autre. L’espèce humaine se distingue par la capacité à transmettre le savoir et les questions-réponses sont un concept simple qui n’a été observé que chez nous. Voilà pourquoi tous les enfants ont une curiosité innée dans les premières années qui agace beaucoup, pour être franc.

Mais au lieu d’éteindre cette flamme de la curiosité, il faut la cultiver. Au lieu de répondre aux questions de façon évasive, il faut apporter des éléments de réponse pertinents. Quand votre enfant se demande comment il est venu au monde, vous pouvez soit l’embrouiller avec une histoire de cigognes et de choux, ou alors y aller franchement en lui expliquant synthétiquement la réalité.

Personnellement, je préfère qu’un enfant grandisse en sachant qu’il est le produit de l’amour et de la tendresse, au lieu de le baratiner en lui disant qu’une cigogne l’a déposé sur le pallier ou alors qu’il est soudainement arrivé dans ce monde et qu’il « comprendrait plus tard ». La morale de la version véridique donnera à votre enfant cette impression d’avoir été désiré, que sa présence dans ce monde est nécessaire et qu’il est né de la volonté intime et convaincue de ses parents. La morale de la version des contes de fées est que sa présence est le fruit d’un heureux hasard que tout le monde a dû subir. Ce sont des choses qui jouent sur l’inconscient et qui marquent, et un enfant est un tableau blanc sur lequel la moindre tâche s’inscrit et sculpte ce qu’il va devenir.

Les parents savent des vérités mais ne sont pas toujours surs d’avoir le courage de les révéler, lorsqu’ils se détournent des questions gênantes, ils se protègent eux-mêmes et prétextent énormément de bêtises pour cacher les vérités de la vie. Ils iront même jusqu’à dire que c’est pour le « bien » de l’enfant, pour ne pas le traumatiser ou lui en dire trop, trop tôt. Et cette excuse est irrecevable. Votre enfant ne saura de ce monde que ce que vous lui en direz, dans un premier temps. Et puisque vous êtes les personnes qu’il croira le plus au monde (pendant très longtemps), tout ce que vous lui direz restera inscrit. Si quelque chose lui paraît gênante, ce sera dans vos yeux, dans votre voix et dans votre ton qu’il comprendra que c’est gênant, pas dans les faits eux-mêmes.

Cette hypocrisie de vouloir protéger votre enfant s’étend aussi aux démonstrations publiques d’affection. Je connais énormément de personnes qui ont grandi avec des parents qui ne se montraient aucune affection particulière en publique, parce que c’est 7chouma (par pudeur). Mais ce sont souvent ce type de parents qui n’hésiteront jamais à se disputer devant leurs enfants, sans plus aucune pudeur, parce que c’est bien connu, nous vivons dans une société où la violence est mieux tolérée que l’amour.

L’enfance ne connaît que la simplicité et les schémas faciles. Pour un enfant, le soleil nous éclaire le jour, et la lune prend le relais le soir. Point à la ligne. Bien sûr, la réalité est plus compliquée, la lune est aussi présente dans le ciel de jour comme de nuit, c’est juste qu’on la voit pas. Est-il pertinent de tout complexifier ? D’abord, la plupart des adultes n’ont pas les moyens de rentrer dans la technicité des choses, surtout quand il s’agit de faits scientifiques.

Nous sommes inégaux face à la science, et c’est bien dommage. Mais quand on ne sait pas, la meilleure chose à faire est de se taire. Quand on commence à polluer l’esprit d’un enfant à un âge très jeune, il lui sera plus difficile par la suite d’apporter les corrections nécessaires.

Tous les enfants n’ont pas peur du noir. Tous les enfants n’ont pas peur du monstre sous le lit. Ce sont des peurs que les adultes leurs transmettent et souvent volontairement. C’est une vraie catastrophe. Parfois pour « maîtriser » un enfant, on se sent obligé de le castrer. Quand il pose trop de questions, et surtout des questions qui nous mettent mal à l’aise, on cherche à le briser. Quand il cherche à se défouler et déverser son surplus d’énergie, on cherche à l’enfermer encore plus… A croire que certains oublient ce que c’est d’être un enfant.

L’enfant est une page vierge. Quand on voit des parents se déchaîner contre leurs enfants et leur reprocher ce qu’ils sont et ce qu’ils deviennent, ces abrutis oublient qu’ils en sont responsables. Pas exclusivement, cela dit. Les premières années à l’école, les petits camarades et les tuteurs dans les écoles primaires sont autant de facteurs qui contribuent à forger la personnalité de l’enfant. Néanmoins, les parents et la famille ont une quasi-exclusivité durant les années les plus importantes de l’existence et c’est durant ces années-là que le mal (ou le bien) est largement fait.

Ce dont ne se rendent pas compte la plupart des parents, c’est que l’enfance est un chantier. Un enfant ne grandit pas tout seul, il ne se fait pas tout seul. La conception d’un enfant ne dure pas que 1 minute 15 à tout casser. Je connais des gens qui traitent et « dressent » leurs chiens mieux que d’autres avec leurs enfants. En fait, je suis persuadé que les gens qui sont doués avec les animaux sont prédestinés à être de bons parents, parce que cela requiert le même niveau d’attention et de suivi.

L’éducation des enfants est un sujet qui me passionne parce que je suis persuadé que c’est ce qui fait la grandeur ou la décadence d’une société. Et plus intimement encore, je suis persuadé qu’une « bonne » éducation est ce qui met sur la voie de la réussite un certain nombre de personnes épanouis et ayant grandis dans des contextes qui favorisent l’émergence du génie.

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