Les révolutions démocratiques : enjeux économiques et défis sécuritaires

La démocratie est un idéal qui a connu son apogée au siècle précédent au prix, quand même, de deux guerres mondiales, plusieurs génocides et au final des dizaines de millions de mort. Je ne sais à quel point je peux choquer en me demandant si cela valait-il vraiment le coup au final.

Il est indéniable que durant les dernières décennies, l’être Humain vit mieux. Ce n’est même pas discutable quel que soit le contre-exemple que vous avancerez. La pauvreté absolue est en voie de disparition proportionnellement à ce qui a pu exister dans l’Histoire de l’humanité et on vit jusqu’à deux fois et demi plus longtemps qu’on ne vivait durant le moyen-âge dans certaines zones.

Mais s’il est sûr que ces résultats honorables sont dus en grande partie au progrès technologique et l’avancée de la médecine et des sciences en général, il est beaucoup moins sûr que la démocratie y ait contribué en partie ou totalement. En tout cas, c’est discutable.

Mais avant d’aller plus loin, définissons la démocratie, parce que là aussi on peut avoir en tête des idées très différentes. D’aucuns considèrent que la démocratie c’est le gouvernement du peuple par des représentants élus au suffrage universel (direct ou indirect). D’autres considèrent que cette définition est insuffisante et que la démocratie vient forcément avec le packaging de libertés fondamentales et de libéralisme économique. Pour faire dans le simplisme, disons que dans le premier cas le régime Hitlérien peut être considéré comme démocratique (si on garde l’hypothèse qu’il a été élu par les Allemands et que son ascension n’est pas uniquement un coup de force), dans le second cas, évidemment c’est une non-démocratie (et c’est le moins qu’on puisse dire).

Pour moi, la démocratie c’est juste le vote du peuple pour des représentants au suffrage universel. Pour appuyer ma position je me pose toujours la question : « et si le peuple ne veut pas ‘toutes’ les libertés individuelles ? ». Eh oui, c’est le cas de la majorité des pays musulmans, par exemple. Il y a un pan entier des libertés individuelles qu’on ne considère pas comme tel mais comme des déviances. Si différentes cultures ont des visions différentes des règles de leur vivre ensemble, on ne peut pas restreindre la définition de la démocratie au modèle occidentalisé ou alors on exclura d’office la majeure partie de la planète (économiquement et démographiquement).

Pour parler de choses concrètes, je prendrai l’exemple du printemps exemple qui a démontré à lui seul toutes les conceptions trompeuses que l’on a de la démocratie et les attentes farfelues qu’on place en elle (j’ai déjà abordé ce sujet à maintes reprises sur ce blog). Quand on parle de printemps arabe, il faut qu’on sache de quoi on parle : Tunisie, Lybie, Egypte, Syrie, Maroc ou péninsule arabique ? Parce que dans chacune de ces zones, les causes ont légèrement différé et les conséquences totalement divergé.

Écartons le cas de l’Egypte, je me suis déjà approfondi sur le sujet par ailleurs. Je considère personnellement qu’en Egypte il n’y a jamais eu de révolution à proprement parler. Avant mars 2011 l’armée était au pouvoir, et comme on l’a constaté depuis, l’armée l’est toujours, il n’y a que les égyptiens qui ne s’en étaient pas rendus compte. Mais même dans ce cas, on a vu que la démocratie a porté au pouvoir un leader élu légitimement mais qui a été renversé parce que les valeurs qu’il portait ne convenaient pas aux intérêts des parties prenantes. La démocratie n’est définitivement pas le respect de la volonté majoritaire ici. Que ce fût pour le meilleur ou le pire, c’est l’Histoire qui le dira.

Le cas de la Tunisie est une réussite totale à mes yeux. Quand on est familier avec l’Histoire des révolutions, on sait que celles-ci ne sont que la première pierre à un long processus pénible et dangereux. Une révolution est soumise constamment à des risques de dérapages, de récupération et c’est les petites gens, qui généralement n’ont rien demandé, qui en souffrent le plus socialement, physiquement et économiquement.

Mais en Tunisie, tout est allé très vite. Peut-être que l’absence d’ingérence étrangère (du moins en apparence) et la taille de la population a permis que ce schéma émerge. En 3 ans, la Tunisie a fait sa révolution, fais face aux troubles sécuritaires et économiques et s’est remis sur pied avec un modèle démocratique qui tend vers la stabilité. En comparaison, on a tendance à dire que la révolution française a eu lieu en 1789 et on oublie de spécifier qu’elle ne s’est achevée qu’en 1870, 1905, 1936 ou 1946 selon les critères que l’on veut bien retenir pour définir une démocratie. Face à tout cela, la Tunisie a accompli un étrange exploit et c’est un réel modèle bien qu’il ne soit pas tout à fait transposable.

Mais le plus grand regret des Tunisiens et de tous les observateurs profanes de la Tunisie c’est : « ce pays est désormais en ruine », « ils ont détruit leur économie », « la Tunisie a perdu sa stabilité » et celui qui m’agace le plus « c’était mieux avant ».

Un jour je ferai un article pour expliquer pourquoi ce n’était PAS mieux avant (je veux dire, en général, quel que soit le sujet et démonter cette idée que développent généralement les Vieux Cons).

Mais le reste de ces réflexions qu’on a tous entendus dans la bouche de pseudo-philosophes et géopoliticiens du Dimanche ont un fond de vérité indéniable… Néanmoins, ils font apparaître chez celui qui s’en sert une profonde méconnaissance des concepts et des enjeux.

L’avènement de la démocratie n’est pas synonyme de prospérité économique, en tout cas pas à court terme. Eh oui, l’Etat autoritaire et policier a cet avantage d’être la seule menace pour les citoyens qu’il est censé protéger, avec lui peu de place pour les terrorismes et les perturbations. Il est le seul terrorisme autorisé. Et le statuquo est souvent ce que les gens entendent par stabilité. Approfondissons ces réponses aux réflexions des ignorants qui ne se rendent pas compte de la valeur de l’exploit qui a eu lieu en Tunisie.

La démocratie n’a pas amené de prospérité économique parce que ce n’est jamais l’objectif ni la finalité d’une révolution. Les tunisiens en ont eu marre de cette république bananière où le président et ses proches dirigent l’économie et la politique comme une entreprise familiale et où les richesses du pays sont stockées dans des comptes offshore. Une révolution permet au moins de régler cela, et croyez-le, ça vaut la peine. Un crève-la-dalle n’en a rien à faire de vivre dans un pays stable et prospère si cela ne lui profite pas aussi proportionnellement et il a bien raison.

C’est à long-terme que la démocratie apporte la prospérité en simplifions les procédures et enlevant les barrières. C’est en éduquant les jeunes et en créant une égalité dans l’accès à l’information et aux richesses que la démocratie permet la prospérité, et encore, il faut que ce soit l’usage qu’on fait de cette démocratie. Eh oui, la démocratie reste une coquille vide, on en fait ce que l’on veut, ça dépend justement de quelles élites on met en place. Celles qui vont traiter les aspects sociaux et sociétaux à des fins populistes (les partis religieux, généralement) ou les élites qui vont mettre les questions économiques au centre des enjeux. Le peuple n’est pas innocent de cette affaire, c’est aussi à lui d’en être conscient. Mais si on lui explique que la démocratie s’accompagnera automatiquement de prospérité, eh bien automatiquement il ne fera rien pour que les choses aillent mieux et se contentera de tomber de haut quand cette prospérité ne s’accomplira pas.

Passons aux menaces sécuritaires qui ont surgi juste après le déclenchement de ces révolutions : pillages, agressions et surtout le terrorisme. Je ne peux pas croire une seconde (pour des raisons de rationalité aigue) que la Tunisie était un paradis sécuritaire et que le lendemain d’une révolution inattendue ce pays s’est transformé en un enfer de l’intégrisme… Rien ne se crée de lui-même et si ces problèmes ont surgi si rapidement après le changement c’est bel et bien qu’ils étaient là depuis le départ, ils étaient juste bien étouffés… Et un problème étouffé n’est pas un problème résolu. Quand on a un système policier qui flique tout le monde et des médias à la solde du pouvoir on peut facilement tout étouffer dans l’œuf, la révolution n’a fait que pointer des doigts des tords existants et a certainement accéléré les choses, mais qu’on ne dise pas que la révolution a créé l’intégrisme, ça n’a aucun sens !

Faut-il sacrifier sa liberté pour renforcer sa sécurité ? La réponse devient de plus en plus tranchée, même au sein des pays  les plus démocratiques avec ces lois antiterroristes qui se croient tout permis. Je tiens juste à calmer les esprits en rappelant qu’à moins de vivre à Bagdad ou Kaboul, vous avez plus de chance de mourir dans un accident de voiture ou du diabète que dans un attentat terroriste. Le vrai terrorisme est la peur que l’on veut insuffler dans les populations pour mieux faire passer la pilule des lois anti-terroristes. Et je commence à vraiment me poser des questions sur la psychose qu’on a créée à ce sujet… Le terrorisme islamiste est une menace réelle tout comme Ebola, allons-nous TOUS en mourir ? Ceux qui défendent cette idée ont d’autres choses à vous vendre derrière (moins de droits, plus de flicage, pilules, vaccins…).

Est-ce que la démocratie vaut son coup ? Voilà sur quoi je veux conclure pour revenir au sujet. Allez, pas de suspens, la démocratie vaut son coup et est même très rentable. Le problème c’est que c’est un investissement lourd et comme tous les investissements de ce poids et potentiel, il ne portera ses fruits qu’à long terme et entre temps il existe tellement d’occasions pour que tout foire.

Ce que je voulais établir dans un cet article c’est qu’il y a plusieurs façons de voir la démocratie et qu’on ne peut en imposer une au détriment de l’autre. Ensuite, une fois qu’on sait ce qu’est la démocratie, il faut aussi savoir ce que ce n’est sûrement pas et la prospérité économique n’est pas une conséquence sine qua non de la réalisation d’une démocratie (regardez la Chine… Démocratie et prospérité sont aussi indépendants qu’interdépendants, cela dépend de ce qu’on fait de la démocratie et dans le cas d’un régime autoritaire il n’est pas sûr que cette prospérité créée bénéficiera au plus grand nombre comme elle le devrait). Enfin, il est essentiel de faire attention à ceux qui veulent vous faire peur en disant qu’un régime autoritaire permet de contenir les dangers : les régimes autoritaires SONT le danger ! Et si des dangers apparaissent après la chute de ces régimes c’est bien parce que c’est eux qui les ont créés.

Allez, ce point fait une belle conclusion à cet article un peu fouillis, si vous en êtes arrivé à bout je vous remercie de me suivre et d’être de plus en plus nombreux à le faire.

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