Mes régimes alimentaires : effet yoyo de 10 ans

De l’enfance à l’adolescence

Toute mon enfance j’ai été maigrichon, au point que toute ma famille me chambrait pour mes formes squelettiques. On me reprochait de ne pas suffisamment manger et mon aspect frêle a fait de moi une belle tête à claques pendant la majeure partie de mon enfance.

Puis un jour, la puberté a commencé à faire son effet, et soudainement, mon appétit avait complètement changé. Moi qui détestais les pâtes, je me mettais à saliver en classe en pensant aux déjeuners à base de gratins de pâtes en tout genre, fritures et grands festins des grandes occasions.

Déjà au primaire, mon argent de poche dont les sommes étaient relatives à mon âge et à mes intérêts étaient systématiquement dilapidés en friandises chez « moul sella » (vendeurs de friandises à la sauvette typiques des écoles marocaines). En entrant au collège, et en découvrant les horaires flexibles, on se retrouvait souvent entre potes à visiter les laiteries où on nous servait toute sorte de « bocadillos » (sandwichs à base de thons, quelques salades et surtout des sauces blanches à base de mayonnaise). C’était délicieux, c’était presque un antidépresseur et on s’en enfilait des quantités impressionnantes grâce aux prix dérisoires.

On mangeait des friandises avant le sport, et on prenait nos sandwichs après le foot. C’était notre routine quasi-quotidienne. Et alors que mes camarades ne semblaient pas affectés par ce style de vie, moi je voyais mon ventre s’étendre et ressortir. J’ai un ventre énorme depuis mes 12 ans et je n’ai jamais réellement pu le faire partir.

Au lycée, je suis passé à la « vitesse supérieure », les premières soirées, la bouffe de nuit, les sandwichs toujours plus gras et junk food en toute sorte. C’était tellement bon, tellement facile.

J’ai eu des éclaircies et ça n’a pas toujours été catastrophique. Entre mes 15 et 18 ans, j’étais svelte et relativement musclé. Je faisais du sport, je grandissais (littéralement), et donc ça allait mieux.

Les études supérieures

Cependant, à mes 18 ans, je suis allé en France pour poursuivre mes études et j’ai habité seul pour la première fois. C’est là que tout est parti en sucettes. Même si je n’y suis resté qu’un an, je suis passé de l’adolescent sportif et svelte, au pré-adulte en surpoids. Rien de bien morbide, mais à mon entrée à HEM en 2010, j’avais le visage rond, la respiration lourde et haletante, je ne faisais plus de sport. J’avais pris une quinzaine de kilos et les traits de mon visage avaient changé.

Je suis relativement grand du haut de mes 183 cm, j’étais à 63 kg quand j’avais 14 ans, puis 83 kg quand j’avais 18 ans pour finir à 100 kg pour la première fois de ma vie à l’âge de… 19 ans. C’était une débâcle totale.

Mais c’est à l’âge de 19 ans que j’ai découvert un nouveau plaisir de la vie : le drive through. Eh oui, j’avais mon permis désormais et le McDonald était devenu ma destination préférée CHAQUE NUIT. Mon argent de poche me le permettait, et avec le Drive, je n’avais même plus besoin de sortir de ma voiture ou de bouger.

Première tentative : la salade une fois par jour

Mais c’est après avoir atteint le poids alarmant de 105 kg, et surtout après avoir essuyé un grand traumatisme émotionnel (une histoire pour un autre jour, peut-être), que je décide de me reprendre en main. En décembre 2010, je m’inscris de nouveau à une salle de sport pour faire principalement de la cardio, et pendant un mois je me contente de manger uniquement une salade, une fois par jour.

Le résultat après un mois seulement était phénoménal. J’avais perdu une vingtaine de kilos, dès janvier 2011, mais quelque chose ne tournait pas rond. Même si j’avais le poids de mes 18 ans, je n’en avais plus l’apparence. Et ce fichu ventre était toujours là, certes évidé, mais bel et bien présent.

Je n’avais plus de forces, je me sentais faible et je n’avais plus aucune énergie en moi pour continuer le sport. Et puis toute cette cardio, elle m’avait redonné un appétit monstre à mesure que mon traumatisme émotionnel s’effaçait. En fait, je n’étais pas au régime, j’étais juste en dépression.

Ce n’est pas parce qu’on a perdu du poids, qu’on a perdu du gras.

Et moi, j’avais perdu surtout du muscle, et j’avais découvert sans le savoir le principe de la rétention d’eau. C’est à dire que j’étais gonflé d’eau, et qu’en freinant un peu sur les glucides, j’avais libéré énormément d’eau. J’étais juste littéralement lessivé. Je semblais maigrichon, mais pas du tout en bonne santé.

En constatant tout ce gras qui me restait, ces poignets d’amour qui ne semblaient pas diminuer même après 20 kg, j’ai perdu espoir, et je me suis résigné à l’idée que désormais, je ne serai plus svelte, que c’était la vie. J’ai donc repris toutes mes mauvaises habitudes, considérant que mon expérience avait échoué, et parce que je ne fais pas les choses à moitié, j’ai fini par récupérer tout le poids perdu.

Deuxième tentative : Cardio, muscu et bannissement des gras

A la suite d’années 2012 et 2013 chaotiques et où j’estime avoir régressé à tous les niveaux, j’étais revenu à mon poids de 105 kg. Nous sommes désormais vers fin 2013, je rentre en Master et je ne supporte plus ces vêtements XXL qui ressemblent à des sacs de patate géants et on commence déjà à me donner un âge largement supérieur à mes 22 ans de l’époque.

Nouvel élan de motivation, je me réinscris dans une salle de sport, cette fois pour refaire de la musculation que j’avais arrêté depuis mes 17 ans. Je ne sais pas exactement à quel poids j’avais démarré mon nouveau régime, je n’osais plus me peser. Ce qui était sûr, c’est que j’avais dépassé de loin les fameux 105 kg.

Et justement, après 4 mois de sport, je me pèse et je suis à… 105 kg ! Sauf que cette fois, je me sens bien, je me sens énergique, et j’ai même l’impression que mon tour de taille se ressert. C’est à partir de ce moment, vers avril 2014, que je décide de me remettre à un régime alimentaire drastique.

Mon idée était la suivante : limiter le gras. Je mangeais des légumes, des graines et des féculents, mais je ne prenais plus de sauces. Je privilégiais les viandes maigres (poulet, poisson) et évitais comme la peste les viandes transformées (saucisses, viande hâchée…). Par intuition, j’avais également arrêté le régime Marocain standard (qui consiste à accompagner le moindre plat avec des quantités impressionnantes de pain). Je continuais à manger dehors, puisqu’à l’époque je vivais à moitié avec des amis, mais j’avais l’impression d’être plus sain. Quand je pense qu’il m’arrivait d’aller au McDo et commander un Big Tasty sans sauce et un Coca-Light…

Il faut noter que jusque là, tous les régimes que j’avais entrepris étaient de ma propre initiative, sans consulter quelqu’un ou même faire des recherches poussées. J’avais juste vu dans un épisode de « C’est pas sorcier » datant du début des années 2000 que les glucides c’était bon pour l’énergie, que les protéines c’était bon pour les muscles et que les lipides (gras) faisaient grossir et j’ai décidé d’en tirer des conclusions. Je sais, c’est aberrant, mais ça me semblait logique. Je pensais à l’époque qu’en mangeant du gras, ce gras allait directement se stocker dans mes tissus adipeux, comme s’il y avait un policier dans le corps qui faisait que les glucides étaient « brûlés » et que les gras stockés.

Mais force est de constater est que ce régime a fonctionné, couplé à d’énormes sessions de cardio. Je sortais de nuit et je parcourais des dizaines de kilomètres à pied à Casablanca. On est en 2014, et les premières montres connectées devenaient enfin mainstream. Je comptais mes pas et mes calories. Je découvrais le principe du déficit calorique. Si mon corps avait besoin de 2000 à 3000 kcal par jour (avec le sport) et que j’en consommais moins, et surtout sans lipides, j’allais forcément perdre du poids, pensais-je. Et j’avais raison !

En septembre 2014, j’avais atteint de nouveau le poids de me 17 ans, et un mois plus tard, j’étais à mon plus bas historique de mon âge adulte, j’étais à 77 kg. J’étais quasiment maigrichon. Pas beaucoup de muscles, mais pas beaucoup de gras non plus (le ventre persistait, mais en faisant attention à le rentrer, on le remarquait pas), tout ce que les gens remarquaient, c’était ma transformation physique.

J’étais plus jeune, j’avais repris confiance en moi, j’étais même… attirant. J’étais heureux. Je me suis empressé de jeter/donner tous mes vieux vêtements de gros, j’avais renouvelé ma garde robe et je m’habillais comme un garçon de 18 ans, taille M, embrassant le style hipster, les jeans slims, les débardeurs…

Toucher le fond ?

Et j’ai arrêté mon régime. D’une part, on commençait à me soupçonner d’avoir contracté une addiction au cannabis ou quelque chose du genre pour expliquer ma soudaine perte de poids. D’autre part, j’avais conscience que j’étais désormais aussi fort qu’un garçon de 16 ans ne faisant pas de sport, et disons que ma prestance était celle d’un ado. Et surtout, je ne supportais plus de manger de la nourriture sans goût ni âme.

Petit à petit, j’ai repris du poids, mais lentement, parce que j’avais gardé mes « bonnes » habitudes de manger des salades, éviter les sauces, etc. Tout au long de l’année 2015, je reprenais plus de poids, mais mon apparence m’allait encore plus maintenant que j’étais de nouveau à 87 kg. J’avais beau reprendre 10 kg en moins d’un an, je ne m’en alarmais pas encore.

Au cours de l’été 2015, après avoir terminé mes études, je commençais à me rendre compte d’un problème gênant… Je ne pouvais déjà plus rentrer dans les vêtements que j’avais acheté moins d’un an plus tôt. Ce n’était pas encore la panique, je me disais qu’il suffisait que je reprenne le sport (arrêté entre temps), et que ça irait, mon poids était toujours acceptable, et je me voyais toujours bien dans le miroir.

Mais il s’est passé un imprévu qui m’a plongé dans une pente lente vers l’obésité pour la première fois de ma vie. En effet, au courant du mois de juillet 2015, j’ai subi une amygdalectomie suite à laquelle je n’ai pas pu avaler quoi que ce soit pendant près de 2 semaines, survivant à l’eau et aux glaces. Cela m’avait rendu fou. Et chaque jour j’attendais mon rétablissement, non pas pour aller mieux, mais pour pouvoir manger enfin.

Ce qui devait arriver arriva. Dès que les portes de mon estomac s’étaient rouvertes, je me suis précipité pour manger tout ce que j’avais rêvé pendant ces fameuses 2 semaines, quitte à faire de multiples plats par jour. J’avais immédiatement repris le poids perdu durant ces deux semaines, et j’étais en bonne voie pour en prendre encore plus.

Depuis fin 2015, c’est le relâchement total. Je m’en suis jamais remis. D’abord, j’ai essuyé une longue traversée du désert lors de ma recherche d’emploi, près de six mois à ne rien avoir à faire, à part manger et dormir. Je grossissais de jour en jour et mon moral était si bas que seule la bouffe me réconfortait. Je mangeais la nuit et je dormais le jour. C’était une nouvelle dépression, j’avais tout remis en cause et je me sentais dévalorisé. Place au stress-eating.

Cela s’est poursuivi en 2017 et 2018, jusqu’à avoir atteint au début de cette année 2019 un pic historique. 115 kg, et peut-être plus, qui sait réellement ? Je n’osais plus trop me peser à ce moment-là.

Prise de conscience

J’ai décidé de reprendre les choses en main en mars, lorsqu’en assistant au mariage d’un ex-camarade de classe, tous mes vieux camarades m’ont fait la remarque du laisser-aller. Ils avaient raison. Eux qui avaient connu ma fameuse période à 77 kg en Master, ils m’ont vu prendre 40 kg en 4 ans. Ils étaient choqués et j’avais honte.

Pas honte de ne pas leur plaire, mais parce que je savais que ça ne me plaisait pas aussi. Il y avait aussi cet épisode où lors d’une excursion aux Chutes d’Ouzoud, j’ai failli m’évanouir après 15 minutes de pente raide qu’il fallait remonter pour quitter le site. Mon coeur avait lâché, la vue s’assombrissait et je n’entendais plus que des bruits lointains. Seulement deux ans auparavant, j’avais réussi à faire ce parcours sans aucun problème alors que je n’étais déjà plus au mieux de ma forme.

Photo prise aux chutes d'Ouzoud
Aux chutes d’Ouzoud en mars 2019 – 113 kg

Il me fallait une solution

Ce qui était sûr, c’est que je savais désormais ce qui ne marcherait pas, ou ce qui ne marchait que temporairement. J’avais besoin d’une solution définitive, en prenant en compte que je ne pouvais pas dédier plus d’une heure par jour au sport et que je ne pouvais pas vivre une vie de lapin à grignoter de la laitue et des moitiés de carottes.

Cette fois, j’ai fait mes recherches, et j’ai découvert de nouvelles solutions. En fait, la question du poids était une très mauvaise question. Que l’on ait 100 kg ou 60, ce qu’il faut savoir c’est la constitution du corps, c’est à dire la masse grasse, la masse musclée, la masse osseuse… Il ne fallait plus confondre perte d’eau et perte de poids, et enfin… Peut-être qu’il fallait enfin envisager de mener une vie saine pour perdre du poids et non pas perdre du poids pour mener une vie saine.

Je pense avoir eu mes réponses cette fois à une problématique qui se compose de deux axes : « Quand manger ? » et « Que manger ? ».

Spoiler : Jeûne intermittent et régime cétogène que j’expérimente depuis 6 semaines à peine avec des résultats intéressants. Et dans un prochain article, je reviendrai sur mes conclusions sur cette nouvelle étape de mon yoyo.

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