Pourquoi je ne suis plus la politique Marocaine

Mes lecteurs d’il y a quelques années encore doivent s’en souvenir, je parlais énormément de politique, et évidemment de politique Marocaine.

Mes articles les plus lus selon Google n’ont jamais été ceux-là, néanmoins je ressentais ce besoin de donner mon avis, dénoncer ce qui m’irritait, encourager ce qui devait être soutenu, etc.

Finalement, je me suis lassé face à de nombreux constats, je vous explique ce revirement.

Saad Eddine El Othmani
Crédit photo : lalettre.ma

Raison 1 : Le Maroc n’est pas une démocratie

Contrairement à ce qu’on adore se répéter, nous Marocains, le Maroc n’a jamais été une démocratie de toute son histoire.

Oui, le Maroc n’est pas une tyrannie, le Roi du Maroc n’est pas un tyran, c’est juste un monarque absolu. Ceci, malgré 2011, malgré la constitution de 2011 et malgré les discours officiels.

Le fait que le Maroc ne soit pas une démocratie me pousse de moins en moins à participer au jeu démocratique. Donner son avis, critiquer et proposer sont des entreprises dangereuses ou, au moins, inutiles.

Le danger n’est pas physique, comme j’ai dit, le Maroc n’est pas (ou plus) une tyrannie. Le danger en 2018 a souvent des répercussions plus subtiles. Je choisi de publier mes articles sans anonymat, par conséquent, à chaque article je m’expose. Est-ce un manque de courage politique ? Peut-être bien, mais à vrai dire, ma véritable opinion politique ne serait pas si virulente contre le système si je devais l’exprimer de nouveau. Je suis tellement fatigué du Marocain que je ne cherche même plus à expliquer en quoi la liberté, la transparence et la démocratie sont bénéfiques. Nous avons les dirigeants que nous méritons, les dirigeants que nous acceptons.

Et ainsi, m’étaler en long et en large sur mes opinions n’aurait aucune utilité réelle tant toutes les décisions sont centralisées et que les calculs y menant complexes, que mes idéaux ne sauraient être que des divagations naïves.

Raison 2 : La scène politique est devenue ridicule

Le Maroc n’est pas une démocratie et comme je l’ai dit ne l’a jamais été. Alors pourquoi me lasser aujourd’hui ?

Il y a plus de dix ans lorsque j’ai commencé à réaliser mon éveil politique (durant l’adolescence), la politique Marocaine foisonnait. Chaque semaine Ahmed Reda Benchemsi allumait le débat avec ses éditos explosifs sur TelQuel. Driss Ksikes est littéralement allé en prison à cause d’un article dans Nichane sur « L’humour des Marocains ». Le PJD était encore un parti politique vierge et ambitieux (et faisait peur au régime). Le Roi Mohamed VI avait clairement affiché une volonté de changement en lançant des chantiers économiques, mais aussi législatifs.

A l’époque, chaque deux ou trois ans sortait un livre sur l’époque de Hassan II et des exactions qui étaient commises à l’encontre des opposants. Il y avait ce que les anglophones appellent de la food for thoughts. Le niveau n’était pas égal à celui des années soixante, qui à mon sens représente l’âge d’or de la politique Marocaine, mais il se passait quelque chose et même le moi de 15 ans pouvait tâter cela.

Qu’est-ce qui s’est passé entre-temps ? Tellement de choses. On pourrait résumer cela par trois lettres : PAM. Mais franchement, c’est réducteur.

Beaucoup de paramètres ont fait que le jeu politique Marocain est devenu si ridicule, si aléatoire et si volatile.

Chabat, le Donald Trump Marocain, a quasiment détruit le Parti Istiqlal à lui seul. De même, Abdelilah Benkirane a affaibli le PJD plus que n’a réussi à le faire le PAM. Enfin, le PAM a été créé en 2009 par un ami du Roi et un ex-ministre de l’intérieur pour rappeler à tous les Marocains dans quel pays ils vivaient et pour quel parti il fallait voter.

Raison 3 : Je m’en fiche

Il m’a fallu ce soir plus de cinq secondes pour me rappeler que Saad Eddine El Othmani était Premier Ministre. J’ai littéralement oublié quand s’est tenue la dernière élection législative. Pourtant, je suis sûr d’avoir posté un article sur la question sur ce même blog. En fait, j’ai même prédit son issue.

El Othmani était ma figure préférée au sein du PJD, avant 2008. A contrario de Benkirane, il était calme et posé. Aujourd’hui, quand je le traite de « Premier Ministre », je le fais exprès. Il n’est pas un Chef de Gouvernement, il n’est un chef de rien du tout. Il est le pion parfait servant à tenir la place pendant que les vrais dirigeants dirigent.

Aujourd’hui, je me fiche de la politique Marocaine, parce que je sais qu’elle n’est pas entre les mains d’Hommes politiques. J’avais expliqué que c’était pour cette raison qu’il ne servait à rien de voter, ni même de s’impliquer.

Comme à l’époque de Hassan II, le Roi décide et le Premier Ministre applique. Si ça marche, c’est grâce au Roi, si ça ne marche pas, c’est à cause du Gouvernement que les Marocains ont voté. Pratique !

Ce jeu m’a lassé, tout est sous contrôle, il ne sert à rien de s’inquiéter.

3 commentaires


  1. J’adore votre style de rédaction. A partir d’aujourd’hui, c’est sûr je serai fan de ton blog. Bonne continuation

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  2. Je partage a 100% tes idées exprimées dans cet article. On doit avoir le même âge et donc on fait partie de la même génération et on partage la même déception. Moi aussi, je pense que la scène politique marocaine représente un jeu ridicule et abrutissant pour les marocains. Dommage qu’on insulte l’intelligence de tout un pays de la sorte.

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