Par où commencer

Mon dernier article sur ce blog date d’avril 2018 et portait sur le boycott. Depuis, les choses n’ont pas changé, je sirote du Sidi Ali en rédigeant ces mots et le dernier lait que j’ai bu provenait bel et bien de la Centrale Danone. Le seul changement qu’est survenu, c’est que je ne fais plus mon plein de diesel chez Afriquia, parce qu’ils n’ont même plus la décence d’être les moins chers du marché. Bref, du lait a coulé dans les casseroles.

Je reviens ici et pour la première fois je commence à écrire un article sans savoir comment j’allais le titrer. je sais ce que j’ai à dire, mais je ne sais pas encore comment le synthétiser, je ne sais pas si cet article m’aidera à y voir plus clair.

Feuille blanche et manque d'inspiration

Retour en arrière

J’ai été le plus actif sur ce blog lors de mes années d’études post-bac. Et je me rends compte que ce bac, eh bien je l’ai passé il y a exactement 10 ans. Depuis, j’ai vécu plusieurs vies.

Je suis terrifié de voir à quel vitesse le temps passe. Il y a dix ans, j’étais confiant et avais des idées assez arrêtées sur le monde. Comme maintenant, à la différence que désormais, je suis beaucoup moins « fâché ».

Que ce soit l’âge ou simplement la vie, j’ai largement moins de combats à mener aujourd’hui. Il y a dix ans, ou franchement, il y a juste cinq ans, j’étais affecté par les inégalités, l’injustice, la bêtise humaine et dégoûté par le chemin que prenait ce pays, ainsi que la lenteur avec laquelle les choses semblaient changer.

Mes combats, ils sont nettement moins nombreux aujourd’hui, et surtout ils ont changé de dimension. Ils sont beaucoup plus personnels. Je ne pense plus à changer le monde, je veux juste me protéger et ceux qui m’entourent, et j’estime que si je réussi dans cela, ce sera déjà ça de pris.

Bien sûr, lorsque je parlais de politique, de démocratie, de sciences et de sociologie, je savais que je ne réussirai pas à changer le monde. Je n’étais pas aveugle au point de penser que c’était un article posté dans un blog anonyme qui allait changer la donne. Mais j’avais espoir qu’en sollicitant la réflexion des gens et qu’en argumentant avec un style, que je pensais, attrayant, je pouvais réussir à rallier une élite qui pensait comme moi et pouvoir les reconnaître pour ce qu’ils sont.

Je ne pense pas non plus que je diffuse la vérité sur ce blog, je n’ai pas la prétention de croire que ce que j’écris mérite d’être étudié autour des grandes tables de philosophes, mais oui, je l’admets, je pensais que ce que j’avais à dire était beaucoup plus important que la majorité de ce que disaient les gens autour de moi.

Le point de rupture

Qu’est-ce qui a changé alors ? « L’âge et la vie », ce n’est pas vraiment une réponse. C’est une généralisation. Dans le détail, j’ai vu mon quotidien se recentrer sur les besoins primitifs. Je pense désormais que passer de l’adolescence à l’âge adulte, c’est faire la pyramide de Maslow à l’envers.

Lorsqu’on est adolescent, vivant aux dépens des parents ou de la société, et surtout depuis l’avènement d’internet, on peut se permettre de s’asseoir confortablement dans un sofa et juger le monde entier. Cela devient largement plus difficile lorsqu’on doit subvenir à ses besoins et lorsqu’on attend les fins de mois et le jour de paie comme le Père Noël.

Je ne vais pas avoir l’indécence de me plaindre de ma situation de cadre bancaire moyen, très confortable aux yeux de 99% de la population qui m’entoure. Je n’ai pas été élevé avec une cuillère en or dans la bouche, mais l’inox était largement suffisant.

Là où je veux en venir, c’est que même du haut de ma situation confortable, la vie d’adulte t’absorbe dans un tourbillon épuisant et même ceux qui s’en sortent y laissent au moins quelque chose de précieux : le budget Temps.

C’est tout simple, je n’ai absolument plus le temps de prêcher ma bonne parole.

Mais pour revenir à mes combats personnels, aujourd’hui je me suis recentré sur ce qui touche directement à ma vie. Alors oui, vivre dans un pays sous-développé, foncièrement corrompu et moralement délinquant n’a rien d’une perspective plaisante, même au niveau le plus personnel. Néanmoins, j’ai perdu l’envie de me battre pour changer les choses, je veux juste tenir mes positions et mes principes.

Et maintenant ?

Je continue à suivre l’actualité et j’essaye d’étoffer ma culture autant que faire se peut. Mais ma bougie intérieure se consume un peu plus à chaque fois que j’entends mes amis les plus proches tenir les discours les plus moyenâgeux sur des sujets sociaux et sociétaux. Je frémis à chaque fois que quelqu’un commente l’actualité « sans savoir », je pleure intérieurement à chaque fois que quelqu’un proclame un pur contrefait scientifique comme une vérité absolue et je vomis à chaque fois que quelqu’un m’étale sa théorie du complot sans bases aucune, ni dans les faits, ni dans le raisonnement et encore moins dans les preuves.

Il y a encore 4 ou 5 ans, je surgissais pour débattre, je partais au charbon de la logique et de la raison, j’essayais d’argumenter et démontrer par un plus un. Mais je n’ai plus cette prétention. et cette force que j’avais, je la dirige désormais vers mon milieu professionnel où au moins je suis payé pour me casser la tête et où je suis obligé, par règlement intérieur, de supporter la stupidité des gens.

Cet isolement émotionnel et intellectuel a cependant un coût. On se retrouve rapidement seul à refouler ce que l’on pense réellement. Et ça tue. Que ce soit dans les réunions d’amis ou de famille, on préfère se taire, et parfois on est complice, juste pour sauvegarder ces espaces sociaux vitaux. Cela au prix de renier qui l’on est. Au final, l’on meurt en étant sûr que quoi qu’ils écriront sur notre pierre tombale et quel que soit le souvenir qu’on leur laissera, cela n’aura rien à voir avec qui l’on était réellement.

Est-ce seulement une vie à ce moment-là ? Mais sinon quelle alternative ?

Il y a presque quatre ans j’écrivais une lettre au mec que j’étais, enfant. J’étais sûr qu’il aurait été fier de moi. Aujourd’hui, je commence à avoir des doutes.

J’ai conquis beaucoup de mes peurs et insécurités, mais j’ai largement failli du côté humain. J’ai réussi à éloigner tous les gens pour qui je comptais, qui comptaient et comptent pour moi. Je suis suffisamment hypocrite pour refuser dans ma vie toute personne n’étant pas parfaite. Et seul quelqu’un pensant être lui-même parfait fait cela.

Je n’ai eu aucune pitié pour des personnes ayant commis des erreurs à mon égard, ou ce que je considérais comme étant des affronts pour un oui ou pour un non, pour au final me retrouver dans une drôle de situation où mon plus grand adversaire reste cette nostalgie qui ne me rappelle que les bons moments passés. Ces moments où malgré mes nombreux engagements, je réussissais à être avec des gens comme moi.

Enfin, j’ai écarté des gens en qui je n’avais aucun espoir, oubliant au passage que ce sont les différences qui stimulent l’intellect. Que nous n’avions pas besoin de tous partager le même background pour vivre ensemble. J’étais tombé dans une sorte de fanatisme élitiste laïc.

Je ne sais pas vers où se dirige ce texte, je ne le sais toujours pas depuis que j’ai commencé à l’écrire. Mais je sais que j’ai beaucoup de choses à dire, je ne sais juste pas par où commencer.

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