Pourquoi j’ai voté pour le PJD et que je ne le ferai plus

Dire pour qui on vote est toujours risqué, qu’il s’agisse du PJD ou un autre parti. Il y a bien une raison pour laquelle le vote est secret et c’est très bien comme ceci. Lorsqu’on dit pour qui on vote, on est tout de suite catalogué. C’est une sorte de coming out politique et comme n’importe quel coming out il induit des conséquences personnelles, voire professionnelles. Alors je vais prendre le sujet avec beaucoup de précautions pour bien me faire comprendre.

Au Maroc, les sondages politiques sont interdits. C’est assez salutaire lorsqu’on sait les dérives que ce genre d’exercices peuvent créer en termes de manipulation de l’opinion publique. Ces sondages sont des indicateurs peu fiables, mais qui permettent quand même de connaître les tendances globales concernant les mouvements politiques en jeu.

A mi-mandat, personne ne peut réellement connaître avec certitude si le gouvernement Benkirane, majoritairement PJD, a convaincu les marocains ou pas. Ce que l’on peut affirmer avec certitude c’est que la presse n’y va pas de main morte pour enfoncer un gouvernement non-expérimenté et cafouilleur, et que dans notre entourage le plus proche nous entendons beaucoup de personnes râler.

Grosso modo, je pense que le gouvernement Benkirane fait de son mieux dans un environnement et un monde où de toute façon le pouvoir politique ne détient plus réellement les manettes et que tout est livré au bon vouloir d’instances géopolitiques et économiques à une échelle bien au-dessus de sa tête.

Mais le titre de ce billet est explicite et vous vous doutez bien que quelque chose ne va pas, alors je vais arrêter de tourner autour du pot.

Pourquoi avoir voté PJD en premier lieu ?

Alors je vous arrête tout de suite : je ne suis ni un barbu ni un idiot-logue. Si vous êtes coutumiers des articles que je postes souvent sur ce blog, vous êtes certainement même choqué d’apprendre que j’ai voté pour le parti marocain qui prône le retour à l’ordre moral et un certain conservatisme.

J’ai voté pour le PJD parce qu’ils étaient vierges. Pour reprendre la petite histoire, j’ai la chance de grandir dans un Maroc où les élections sont de plus en plus transparentes. Cela a commencé en 2002 avec les dépassements qu’on connaît, a été amélioré en 2007 et en 2011 en plein printemps arabe, personne n’avait intérêt à traficoter les élections, ce n’était plus à la mode et le Maroc essayait de calmer le jeu.

Les élections législatives de 2011 ont aussi été mon premier rendez-vous électoral de citoyen majeur et vacciné. Je voulais donc marquer le coup.

Pourtant, je ne suis pas naïf. Au Maroc, plus ou moins qu’ailleurs, les élections ne servent pas à grand chose. Si le Maroc est dirigé par une instance, c’est bel et bien l’entourage royal. Pour le meilleur, comme pour le pire. Beaucoup de marocains pensent sincèrement que c’est mieux ainsi, et c’est un autre débat que j’ai déjà abordé et que j’aborderai encore plus en profondeur, plus tard.

Alors même conscient de l’inutilité réelle de mon acte, j’ai quand même voté pour barrer la route au PAM (Parti de l’Authenticité et de la Modernité) que je considère être comme un cancer dans la politique marocaine, et j’y reviendrai aussi. Je voulais aussi tout simplement me prononcer CONTRE tous ceux qui avaient monopolisé le pouvoir durant ces dernières décennies avec les résultats que l’on connaît. La fameuse Koutla, qui a entre-autre ruiné ce pays.

Abdelilah Benkirane

Dans ce paysage de désolation politique, Benkirane m’a charmé. Son franc-parler m’a séduit, bien qu’on ne soit d’accord sur aucun sujet en réalité. Je me suis simplement dit qu’avec quelqu’un de ce tempérament au pouvoir, les choses allaient forcément changer. Evoluer. Je pensais que la réaction chimique qui naîtrait ferait avancer les choses, ou du moins réveiller le jeu politique au Maroc.

Benkirane est une grande gueule, et cela me plaisait avant que je ne comprenne qu’il n’était QUE une grande gueule, et rien d’autre. Je ne lui ai pas donné ma voix, j’ai surtout privé les autres de l’avoir.

Qu’est-ce que je pense du PJD ?

Le PJD, parti de la justice et du développement, est un parti islamiste. C’est bizarre… Le Maroc n’étant pas un pays laïc, tous les partis se doivent d’être islamistes, non ? Et encore plus bizarre, le PJD se défend d’être un parti islamiste et préfèrent « modérés ». J’aime bien le light quand il s’agit de me nourrir. Le light en politique signifie plus l’incohérence et l’inconsistance.

Le PJD essaye d’être quelque chose dont le Maroc n’a pas vraiment besoin. Ils seront toujours doublés à leur droite par l’institution monarchique. Le PJD ne peut pas être plus « islamiste » que le Roi.

Ils ne peuvent pas non plus être « trop modérés » sinon ils perdent leur facteur différenciant principal et deviennent un vulgaire Parti Istiqlal bis.

Le PJD a donc le cul entre deux chaises, jouant un numéro d’équilibriste bien rôdé pour à la fois ne pas froisser la royauté et ne pas trop s’édulcorer, ce qui leur ferait perdre une bonne partie de leur base militante.

L’atout réel du PJD sur lequel il ne communique pas assez à mon goût, c’est que c’est le seul parti au Maroc qui jouit de la démocratie interne. J’ai l’impression que tout le monde s’en fout, mais c’est quand même pas mal ! (+1)

Le PJD, économiquement

Mais au-delà des discours, le PJD est macroéconomiquement nuisible. Populiste à souhait et enfonçant des portes ouvertes, il n’apporte aucune solution. Les ministres PJD sont plus à l’aises dans des sujets sociétaux, mais moins quand il s’agit de la Real Politik. Et c’est la vraie question ! Est-ce que le Marocain a besoin d’un ministre qui lui dise s’il a le droit de tenir la main de sa copine dans la rue ? Ou bien est-ce que le Marocain a besoin qu’on lui présente des solutions contre le chômage de masse et la baisse du pouvoir d’achat ?

Pourquoi je divorce avec le PJD ?

Pour qu’il y ait divorce, il faut qu’il y ait eu mariage. Comme j’ai dit d’entrée de jeu, je n’ai jamais épousé les idées du PJD. J’essayais juste de foutre le bordel avec mon bulletin de vote.

Et vu que je ne m’attendais à rien de particulier, on pourrait penser que je suis à l’abri de la déception. Mais le problème c’est que cette vision des choses n’est pas du tout constructrice.

Et même dans mes maigres non-attentes, le PJD a réussi à me décevoir. A l’épreuve du pouvoir, ce parti a renoncé à tout. Et c’est dommage, car même si dans le lot il a aussi renoncé à des idées que j’exécrais, voir des hommes politiques baisser leur pantalon n’est jamais un spectacle glorieux.  Je me sens réellement ridicule d’avoir cru que le PJD allait apporté quelque chose. Comme toutes les têtes qui dépassent de la foule, ils ont fini par se faire décapiter.

Il ne reste du PJD que la verve. C’est pas sûr que ça puisse remarcher avec des marocains qui sont une fois de plus blasés par les trahisons politiques.

(Félicitations néanmoins pour la barbe rasée et la cravate soignée.)

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